Quand la guerre s’écrivait dans la chair : les fosses sanglantes du Néolithique en Alsace

Vues aériennes de dépôts humains de masse liés à des violences, datant du Néolithique moyen récent, découverts dans la région alsacienne (France) et étudiés dans le cadre de cette recherche. (A) Fosse 157 de Bergheim Saulager. Crédit : Fanny Chenal, INRAP

Des traces archéologiques troublantes

Au cœur de l’Alsace, des découvertes archéologiques bouleversent notre vision du Néolithique. Loin d’une époque uniquement marquée par la sédentarisation et les premiers pas de l’agriculture, certaines communautés vécurent dans un climat de brutalité extrême. Entre 4300 et 4150 avant notre ère, les sites d’Achenheim et de Bergheim révèlent des fosses funéraires où se mêlent cadavres mutilés, amputations rituelles et sépultures massives.

Des pratiques guerrières insoutenables

Une étude pionnière menée dès 2015 avait déjà mis en évidence des dépôts humains comprenant des corps aux membres tranchés et soumis à une violence allant bien au-delà du simple geste létal. Ces scènes macabres suggéraient non seulement des massacres, mais aussi la possibilité de sacrifices, d’exécutions ou de pratiques symboliques destinées à humilier les vaincus. D’autres fosses, en revanche, contenaient des défunts intacts, vraisemblablement issus de la communauté locale.

L’apport des analyses isotopiques

Afin d’éclairer l’origine de ces victimes, des chercheurs ont soumis les ossements et dents de 82 individus à une analyse isotopique de haute précision. Les résultats, publiés récemment dans Science Advances, démontrent des divergences nettes entre les individus mutilés et ceux inhumés normalement. Régimes alimentaires distincts, traces de mobilité infantile suggérant des migrations et pratiques culturelles différentes : tout indique que les suppliciés n’étaient pas des membres de la communauté, mais bien des groupes extérieurs, probablement ennemis.

La symbolique des trophées humains

Les amputations ne semblent pas relever du hasard. Les chercheurs avancent que les bras sectionnés auraient été prélevés comme trophées de guerre, dans un rituel de célébration des victoires militaires. Cette pratique rejoint d’autres témoignages archéologiques où têtes, mains et parfois tissus mous servaient de marques tangibles de triomphe guerrier. L’ensemble constitue l’une des plus anciennes attestations européennes de célébrations collectives de la victoire par mutilation.

Violence, croyances et légitimation

Ces découvertes jettent une lumière crue sur les dynamiques sociales du Néolithique. La violence n’était pas uniquement destructrice : elle pouvait être justifiée par des croyances religieuses, servir à asseoir une autorité politique ou encore renforcer la cohésion d’un groupe par la diabolisation de l’ennemi. Déshumanisé, l’adversaire devenait un être à abattre sans remords, un mécanisme universel observé dans de nombreuses cultures et époques.

Une relecture de la préhistoire

Ainsi se dessine une image plus complexe et sombre du Néolithique : celle d’un monde où la sédentarisation et l’innovation agricole allaient de pair avec des conflits violents, des rites sanglants et une organisation sociale où la guerre occupait déjà une place centrale.

Sources : Science.org

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