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| Crédits : Département des Antiquités de Chypre. |
Sur la côte méridionale de Chypre, à l’interface entre la mer et les grandes routes commerciales de l’Antiquité, s’élevait autrefois une cité prospère : Hala Sultan Tekke, également connue sous le nom de Dromolaxia-Vyzakia. Fondée aux alentours de 1650–1630 avant notre ère, au moment charnière entre l’âge du Bronze moyen et l’âge du Bronze récent, cette agglomération s’est rapidement imposée comme un pôle économique majeur du bassin méditerranéen oriental.
S’étendant sur près de vingt-cinq hectares, la ville constituait un espace densément occupé, structuré autour d’activités artisanales, commerciales et portuaires. Son développement remarquable repose essentiellement sur une ressource stratégique : le cuivre, métal indispensable à la fabrication des outils, des armes et des objets de prestige de l’époque.
La métallurgie du cuivre : fondement de la prospérité urbaine
Les vestiges archéologiques témoignent d’une activité métallurgique intense et durable. À travers la découverte de scories, de minerais bruts, de fours et de creusets, les chercheurs ont pu reconstituer un système de production intégré, implanté au cœur même de l’espace urbain.
Cette industrie du cuivre ne se limitait pas à une consommation locale. Elle alimentait un vaste réseau d’exportation reliant Chypre aux grandes puissances économiques et culturelles du monde antique. Ainsi, Hala Sultan Tekke apparaît comme l’un des principaux moteurs de la circulation des matières premières en Méditerranée orientale à la fin de l’âge du Bronze.
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| Crédits : Département des Antiquités de Chypre. |
Des fouilles internationales au service de la mémoire enfouie
Les recherches récentes ont été menées par une équipe pluridisciplinaire composée d’archéologues locaux et internationaux, sous la direction du professeur Fischer, de l’Université de Göteborg. Ces travaux ont permis de mettre au jour plusieurs structures fortement érodées par le temps, parmi lesquelles un ancien puits abandonné et, surtout, deux tombes à chambre datant approximativement du XIVe siècle avant notre ère.
Ces sépultures, enfouies depuis plus de trois millénaires, constituent aujourd’hui une source exceptionnelle d’informations sur les pratiques funéraires, les hiérarchies sociales et les réseaux d’échanges de l’époque.
L’effondrement salvateur : une conservation inattendue
Dans les deux tombeaux, les plafonds se sont effondrés dès l’Antiquité. Ce phénomène, loin d’être destructeur, a paradoxalement contribué à préserver le contexte archéologique. Les couches de débris ont scellé les dépôts funéraires, les protégeant des pillages et des perturbations ultérieures.
Cette stratification intacte offre aux chercheurs une lecture presque ininterrompue des gestes rituels, des dépôts successifs et de l’évolution des pratiques funéraires sur plusieurs générations.
Un mobilier funéraire révélateur de prestige et d’ouverture
Les objets découverts dans les tombes dessinent le portrait d’une élite fortunée et cosmopolite. On y trouve :
Des céramiques locales finement décorées,
Des outils et instruments du quotidien,
Des parures et accessoires personnels,
Des éléments symboliques liés au statut social.
Mais ce sont surtout les objets importés qui frappent par leur diversité géographique. Leur présence témoigne de l’intégration profonde de la cité dans les réseaux commerciaux à longue distance.
Des routes commerciales à l’échelle du monde ancien
Parmi les artefacts mis au jour figurent :
Des poteries mycéniennes venues de Grèce continentale,
Des vases minoens en provenance de Crète,
De l’ivoire et de la calcite issus d’Égypte,
Du lapis-lazuli d’Asie centrale, probablement d’Afghanistan,
De la cornaline d’Inde,
De l’ambre provenant des régions baltiques.
À cela s’ajoutent des céramiques de Sardaigne nuragique, renforçant l’hypothèse d’échanges étroits entre Chypre et l’Occident méditerranéen. Ces découvertes suggèrent que les lingots de cuivre chypriotes, notamment sous forme d’oxydes, circulaient largement en échange de biens précieux.
Hala Sultan Tekke apparaît ainsi comme un véritable carrefour économique reliant l’Europe, l’Afrique et l’Asie.
La mémoire des lignées : réutilisation et continuité funéraire
L’analyse stratigraphique révèle que les tombes ont été utilisées pendant plusieurs générations. Les premières inhumations étaient soigneusement déplacées ou réorganisées afin de faire place aux nouveaux défunts, sans jamais effacer les traces des précédents.
Cette pratique traduit un profond attachement aux liens familiaux et à la continuité des lignées. Les sépultures fonctionnaient comme des espaces de mémoire collective, où se construisait une véritable chronologie interne, inscrite dans la pierre et les objets.
Regards bioarchéologiques sur la vie et la mort
Les premières analyses anthropologiques montrent une population comprenant des nouveau-nés, des enfants, des adolescents et des adultes, jusqu’à environ quarante ans. Cette répartition reflète une espérance de vie relativement basse, caractéristique des sociétés préindustrielles.
Les ossements permettent également d’étudier les conditions sanitaires, les régimes alimentaires et les contraintes physiques liées aux activités artisanales et commerciales. Chaque squelette devient ainsi un témoignage silencieux du quotidien de ces communautés disparues.
Une élite marchande au cœur du monde du Bronze
L’ensemble des données convergent vers une même interprétation : les tombes appartenaient à des familles de haut rang, probablement impliquées dans l’exploitation, la transformation et l’exportation du cuivre. Leur richesse matérielle et symbolique reflète leur rôle central dans les échanges internationaux.
Ces groupes dominaient non seulement l’économie locale, mais participaient activement à la circulation des savoirs, des techniques et des idéologies à travers la Méditerranée.
Conclusion : Hala Sultan Tekke, un phare de l’Antiquité
Les découvertes réalisées à Hala Sultan Tekke confirment le statut exceptionnel de cette cité dans le monde de l’âge du Bronze récent. Par la richesse de ses tombes, la diversité de ses échanges et la sophistication de ses productions locales, elle se révèle comme un centre économique, culturel et politique de premier plan.
À travers ces sépultures silencieuses, c’est toute une civilisation marchande qui ressurgit, rappelant combien les sociétés anciennes étaient déjà profondément interconnectées, bien avant l’ère moderne.
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