Mystères de la préhistoire : ce que révèlent les tombes oubliées des chasseurs-cueilleurs

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Crédits : Archéo Actus.

Au cœur des paysages septentrionaux de la mer Baltique, l’étude des vestiges humains anciens révèle parfois des vérités inattendues sur l’organisation des sociétés disparues. Une recherche conduite par les scientifiques de Uppsala University et publiée dans Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences propose une lecture renouvelée des relations familiales au sein d’une communauté de chasseurs-cueilleurs ayant vécu il y a environ 5 500 ans sur le site d’Ajvide, situé sur l’île de Gotland.

Cette étude, fondée sur l’analyse approfondie de l’ADN ancien, dévoile une conception complexe et étendue des liens de parenté. Loin de se limiter à la cellule familiale immédiate, ces populations semblent avoir accordé une importance considérable aux relations plus larges — cousins, tantes, lignées élargies — suggérant une organisation sociale structurée autour d’une mémoire généalogique collective.

Ajvide : un sanctuaire funéraire du Néolithique nordique

Le site d’Ajvide constitue l’un des ensembles archéologiques les plus remarquables de Scandinavie pour l’étude de l’âge de pierre. Les sépultures, exceptionnellement bien conservées, offrent un témoignage rare de la vie et de la mort dans ces sociétés anciennes.

À cette époque, alors que l’agriculture s’était déjà largement diffusée à travers l’Europe, certaines régions septentrionales conservaient encore des modes de subsistance fondés sur la chasse et la pêche. Les habitants d’Ajvide vivaient principalement de la chasse au phoque et de l’exploitation des ressources marines, maintenant ainsi une identité génétique et culturelle distincte des populations agricoles contemporaines.

La nécropole comprend environ quatre-vingt-cinq tombes identifiées, dont plusieurs renferment les restes de plusieurs individus inhumés ensemble. L’étude s’est concentrée sur quatre de ces sépultures collectives, afin d’éclairer les relations biologiques entre les défunts.

Parenté et conscience des lignages : une vision élargie de la famille

Les analyses ont révélé un résultat surprenant : les individus enterrés ensemble n’étaient généralement pas des parents proches, tels que parents et enfants ou frères et sœurs, mais plutôt des parents plus éloignés — souvent du second ou du troisième degré.

Une telle configuration suggère que ces communautés possédaient une connaissance précise de leurs ascendances et que la structure sociale dépassait largement le cercle domestique immédiat. La famille, dans ce contexte, apparaît comme une entité étendue, structurée par la mémoire des lignées et la reconnaissance des liens généalogiques.

Cette organisation témoigne d’une société où l’identité individuelle s’inscrivait dans un réseau complexe d’appartenances, peut-être lié à des pratiques rituelles, à des droits sociaux ou à des traditions de transmission.

La fillette âgée de 8 à 10 ans, déposée allongée sur le dos, était accompagnée d’un amas d’ossements appartenant à une jeune femme adulte qui lui était apparentée au troisième degré. Crédit : Johan Norderäng

Étude des sépultures : récits silencieux des morts

La femme et les deux enfants

Dans une tombe, une jeune femme d’environ vingt ans reposait allongée sur le dos, encadrée par deux enfants âgés respectivement de quatre ans et d’environ dix-huit mois. L’analyse génétique a montré que ces deux enfants — un garçon et une fille — étaient frère et sœur. Cependant, la femme n’était pas leur mère. Elle était probablement la sœur de leur père ou une demi-sœur, révélant une relation familiale indirecte mais néanmoins significative.

La jeune fille et son père

Une autre sépulture contenait les restes d’un individu jeune, identifié comme une fille, accompagnée d’un homme adulte dont les ossements semblent avoir été déplacés depuis un autre lieu avant l’inhumation. L’étude génétique confirme un lien direct : l’homme était son père.

Deux enfants, une parenté éloignée

Dans une troisième tombe, un garçon et une fille avaient été enterrés ensemble. Les analyses indiquent un lien de parenté du troisième degré, suggérant qu’ils étaient probablement cousins. Leur association dans la mort révèle l’importance des relations familiales élargies dans les pratiques funéraires.

La jeune femme et l’enfant : liens transgénérationnels

Enfin, une quatrième sépulture réunissait une jeune femme et une fillette. Leur relation, également du troisième degré, pourrait correspondre à un lien de grande-tante à petite-nièce ou à une parenté cousine éloignée, illustrant une continuité transgénérationnelle dans les rituels funéraires.

L’omniprésence des enfants dans les rituels funéraires

Un élément particulièrement notable de ces sépultures est la présence fréquente d’enfants. Leur association avec des adultes apparentés de manière indirecte suggère que la transmission symbolique, l’appartenance au groupe ou la mémoire du lignage jouaient un rôle central dans les rites d’inhumation.

Ces pratiques pourraient traduire une conception du groupe humain où les relations sociales et biologiques s’entremêlaient, participant à la cohésion de la communauté et à la perpétuation de son identité.

Méthodologie : lire la parenté dans la matière biologique

Les chercheurs ont déterminé le sexe et les relations de parenté en analysant l’ADN extrait des dents et des os de dix individus.

Le sexe biologique, invisible sur les squelettes d’enfants, a été identifié par l’étude des chromosomes :

  • deux chromosomes X indiquent un individu féminin ;

  • un chromosome X et un chromosome Y indiquent un individu masculin.

La parenté a été établie en mesurant la proportion d’ADN partagé :

  • les parents du premier degré partagent environ la moitié de leur patrimoine génétique ;

  • les parents du second degré en partagent environ un quart ;

  • les parents du troisième degré, tels que cousins ou arrière-grands-parents, en partagent environ un huitième.

Cette approche génétique permet de reconstruire des réseaux familiaux invisibles à l’observation archéologique traditionnelle.

Vers une compréhension globale des sociétés préhistoriques

Cette recherche constitue une étape pionnière dans l’exploration des structures sociales des chasseurs-cueilleurs néolithiques de Scandinavie. Les scientifiques poursuivent désormais leurs analyses sur les restes de plus de soixante-dix individus provenant du même site.

L’objectif est d’élucider plus profondément l’organisation sociale, les trajectoires individuelles, les systèmes de parenté et les pratiques rituelles qui structuraient ces sociétés anciennes. À travers ces vestiges silencieux, c’est toute une conception du monde — fondée sur la mémoire des ancêtres, la solidarité des lignées et la continuité de la communauté — qui se révèle progressivement.

La mémoire génétique comme archive de l’humanité

L’étude des sépultures d’Ajvide nous rappelle que les sociétés préhistoriques possédaient des structures sociales sophistiquées, ancrées dans la conscience des origines et la reconnaissance des liens familiaux étendus. Ces découvertes invitent à reconsidérer les modèles simplifiés souvent associés aux chasseurs-cueilleurs et mettent en lumière la richesse des systèmes sociaux qui ont précédé les civilisations agricoles.

Ainsi, l’archéologie génétique ne se contente pas de révéler des données biologiques : elle restitue les contours d’une humanité ancienne, tissée de relations, de mémoire et de symboles, dont l’écho continue de résonner à travers les millénaires.

Sources : Université d'Uppsala

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