![]() |
| Crédits : Archéo Actus. |
Au cœur du centre historique de Ratisbonne, sous les strates silencieuses de la ville contemporaine, les archéologues ont mis au jour un témoignage exceptionnel de la présence romaine : un sanctuaire dédié au dieu Mithra. Cette révélation, d’une portée scientifique considérable, constitue à la fois le plus ancien mithréum identifié à ce jour en Bavière et le tout premier sanctuaire romain jamais découvert dans la vieille ville de Ratisbonne.
L’ensemble a été exhumé à l’occasion de fouilles préventives menées avant un projet immobilier, dans un secteur où le sol concentre des siècles, voire des millénaires, d’occupations humaines. Comme souvent dans les centres urbains anciens, les premières trouvailles semblaient modestes, presque banales, noyées dans la densité archéologique du site.
De vestiges discrets à une révélation cultuelle
Ce n’est qu’après de longs mois d’investigations minutieuses, étalées sur plusieurs phases entre le printemps et l’automne 2023, que la véritable nature du site a commencé à émerger. Les contraintes spatiales ont imposé un rythme lent, presque chirurgical, aux équipes sur le terrain. L’analyse approfondie du matériel mis au jour, menée ultérieurement, a permis de relier des indices épars en un ensemble cohérent : celui d’un lieu de culte mithriaque.
Le bâtiment originel, construit essentiellement en bois, n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Toutefois, l’archéologie ne se limite jamais aux structures visibles. Ce sont les objets, les fragments, les traces ténues qui parlent. Une pierre votive aux inscriptions effacées, des fragments de plaques cultuelles caractéristiques, des éléments de niches rituelles et une abondance de monnaies ont constitué un faisceau de preuves convergentes.
Chronologie et contexte romain
L’étude numismatique situe l’utilisation du sanctuaire entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle de notre ère. Cette période correspond à l’existence du fort de cohorte romain voisin et à l’essor d’un habitat civil le long du Danube, avant l’installation du grand camp légionnaire qui marquera durablement l’histoire de la ville.
D’autres objets sont venus renforcer l’interprétation cultuelle : des céramiques ornées de motifs serpentins, des brûle-parfums, des cruches à anses. Ces éléments, bien connus des spécialistes, sont étroitement liés aux rituels mithriaques, qui comprenaient des repas communautaires à forte charge symbolique. Les récipients destinés à boire occupaient une place centrale dans ces cérémonies, traduisant une dimension initiatique et fraternelle du culte.
![]() |
| Crédit image : ArchaeoTeam Resenburg. |
Le culte de Mithra : une religion à mystères
Très populaire dans l’Empire romain entre le IIe et le IIIe siècle, le culte de Mithra se diffusait principalement parmi les soldats et les élites administratives. Religion à mystères, réservée aux initiés, elle se déroulait dans des espaces clos, souvent semi-enterrés, conçus comme des microcosmes sacrés. La découverte d’un tel sanctuaire à Ratisbonne éclaire d’un jour nouveau la vie spirituelle et sociale des communautés romaines locales.
Le mithraïsme déclina progressivement à partir de la fin de l’Antiquité, avant de disparaître avec l’essor du christianisme, devenu religion dominante au IVe et Ve siècles.
Un apport décisif à la recherche scientifique
Les chercheurs considèrent cette mise au jour comme l’une des avancées les plus importantes de la dernière décennie pour l’étude de la Ratisbonne romaine, un domaine encore largement lacunaire. Le sanctuaire ne se contente pas d’enrichir la carte des lieux de culte mithriaques connus : il apporte des données précieuses sur les pratiques rituelles, la culture matérielle et l’implantation urbaine du culte dans les provinces septentrionales de l’Empire.
Conscientes de l’importance de cette découverte, les autorités locales et les institutions patrimoniales ont engagé un programme d’étude et de valorisation à long terme. Les objets exhumés rejoindront les collections muséales de la ville, où ils seront intégrés à une nouvelle scénographie destinée à rendre intelligible, visible et sensible un patrimoine qui, à première vue, pouvait sembler discret.
Donner une voix aux vestiges
L’enjeu est désormais de transformer ces fragments silencieux en récit intelligible pour le public. Derrière la sobriété des objets se cache une histoire dense, faite de croyances, de gestes rituels et de sociabilités anciennes. Le futur parcours muséal ambitionne de restituer cette profondeur, afin que le sanctuaire de Mithra, ressurgi du sol, retrouve une place vivante dans la mémoire collective.
#archéologie #Mithra #EmpireRomain #Ratisbonne #Regensburg #histoireancienne #cultesantiques #patrimoine #fouillesarchéologiques #archaeology #RomanHistory #Mithraeum #heritage #ancientreligions


Commentaires
Enregistrer un commentaire