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| Tombe de la période républicaine. Photo : Surintendance spéciale de Rome |
Au cœur d’un quartier aujourd’hui densément urbanisé du nord-est de Rome, le sol a récemment livré un témoignage exceptionnel des premiers siècles de l’histoire romaine. Dans le secteur de Pietralata, une vaste zone funéraire datant de la période républicaine ancienne a été mise au jour, révélant la complexité et la richesse d’un territoire longtemps perçu comme périphérique, mais qui fut en réalité profondément intégré à la dynamique de la ville antique.
Cette découverte, réalisée le long de l’actuelle Via di Pietralata, ne se limite pas à de simples tombes. Elle englobe un ensemble cohérent d’aménagements antiques : une portion de voie ancienne, un édifice cultuel de petite taille et deux grands bassins en pierre, dont les plus anciens remontent aux IIIᵉ et IIᵉ siècles avant notre ère. L’ensemble dessine un paysage funéraire et rituel structuré, inscrit dans la durée.
Un territoire occupé depuis les origines de Rome
L’intérêt archéologique de Pietralata n’est pas une révélation récente. Dès la fin du XXᵉ siècle, des investigations avaient mis en évidence une occupation humaine très ancienne, remontant à l’époque archaïque, entre les VIIIᵉ et VIᵉ siècles av. J.-C. Ces premières fouilles avaient déjà transformé la perception du site, révélant des installations hydrauliques complexes — tunnels creusés dans la roche et reliés à des puits circulaires, interprétés comme des citernes de collecte d’eau — ainsi que les vestiges de résidences luxueuses datant de la fin de la République.
La campagne de fouilles actuelle, menée dans le cadre d’un vaste projet de réaménagement urbain, a confirmé une continuité d’occupation remarquable, du Vᵉ siècle av. J.-C. jusqu’au Ier siècle de notre ère. Pietralata apparaît désormais comme un espace vivant, transformé au fil des siècles, mais jamais abandonné.
Un complexe funéraire creusé dans le tuf
Le cœur de la découverte réside dans un ensemble funéraire taillé directement dans un banc de tuf en pente, situé sous le tracé de la voie antique. Deux tombes principales structurent cet ensemble, témoignant d’une architecture funéraire ambitieuse et soigneusement conçue.
La première, désignée par les archéologues comme la tombe A, se distingue par son entrée monumentale creusée dans la roche. Le portail, encadré par des montants et surmonté d’un linteau, était autrefois scellé par une imposante dalle monolithique. À l’intérieur, un sarcophage en pierre de peperino a été découvert, accompagné d’un mobilier funéraire d’une grande qualité : vases intacts, coupe à vernis noir, cruche en céramique, miroir et petite tasse. Ces objets, à la fois utilitaires et symboliques, suggèrent un rituel funéraire élaboré et un statut social élevé.
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| Tombe de la période républicaine. Photo : Surintendance spéciale de Rome |
Médecine antique et pratiques chirurgicales
La seconde tombe, plus récente et datée du IIIᵉ siècle av. J.-C., a livré une découverte particulièrement singulière. Les restes d’un crâne masculin présentent des traces évidentes de trépanation, une intervention chirurgicale consistant à percer l’os crânien. Ce témoignage rare offre un éclairage précieux sur les connaissances médicales et les pratiques thérapeutiques du monde romain ancien, où chirurgie, religion et science étaient étroitement liées.
Une architecture monumentale au service d’une lignée
Les chercheurs estiment que ces deux tombes faisaient à l’origine partie d’un même ensemble unifié par une façade monumentale en tuf. Cette structure, aujourd’hui disparue, aurait été démontée dès l’Antiquité, ses matériaux étant probablement réemployés ailleurs. L’ampleur des aménagements, la qualité de la taille de la roche et la richesse du mobilier funéraire indiquent que ce complexe appartenait très vraisemblablement à une famille locale fortunée, désireuse d’affirmer son prestige et sa mémoire dans le paysage suburbain de Rome.
Les banlieues romaines, réservoirs de mémoire
Cette découverte rappelle avec force que les quartiers modernes de Rome reposent sur des strates historiques d’une densité exceptionnelle. Loin d’être de simples marges, ces zones périphériques furent des espaces dynamiques, habités, ritualisés et intégrés à l’identité de la cité antique. Chaque fouille y enrichit notre compréhension d’une Rome plurielle, diffuse, en constante transformation, bien au-delà de ses monuments les plus célèbres.
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