Sous les strates successives de l’histoire urbaine, la terre de l’ancienne Smyrne a récemment livré un témoignage d’une rare finesse symbolique et artistique. Lors de fouilles archéologiques menées de manière continue le long de l’ancienne rue nord de l’Agora, les chercheurs ont mis au jour une salle ornée d’une mosaïque exceptionnelle, longtemps enfouie sous les fondations de la ville moderne. Cette découverte s’inscrit dans un vaste programme national de recherche et de valorisation du patrimoine, destiné à protéger les vestiges antiques souvent dissimulés sous le tissu urbain contemporain.
Une mosaïque tardive aux proportions harmonieuses
Le pavement dégagé couvre une surface d’environ douze mètres carrés. Il se distingue par une composition rigoureusement structurée, faite de panneaux géométriques à douze côtés qui s’imbriquent avec une précision mathématique remarquable. Ce langage décoratif, fondé sur la répétition et l’entrelacement de formes régulières, était particulièrement répandu durant l’Antiquité tardive, période de transition où les traditions esthétiques romaines dialoguaient avec de nouveaux courants symboliques.
Le nœud de Salomon : science des formes et croyances protectrices
Au cœur de la composition trône un motif d’une grande puissance visuelle : le nœud dit « de Salomon ». Constitué de boucles entrelacées sans début ni fin apparente, ce symbole traverse les civilisations et les siècles. Les archéologues y voient un signe à vocation apotropaïque, c’est-à-dire destiné à repousser les influences néfastes, les malheurs, la jalousie et les forces invisibles perçues comme hostiles. Sa présence centrale suggère une fonction protectrice de l’espace, qu’il s’agisse d’un lieu de vie, de réception ou d’activité collective.
Un palimpseste de croyances et de signes
Autour de cet entrelacs se déploient des motifs végétaux stylisés et d’autres ornements géométriques, auxquels s’ajoutent de petites figures cruciformes. Ces dernières, bien que plus tard associées aux religions monothéistes, s’insèrent ici dans un système symbolique plus ancien et composite. L’ensemble révèle une superposition de références spirituelles, où les significations archaïques ne disparaissent pas mais se transforment et coexistent avec de nouvelles expressions religieuses. Cette mosaïque devient ainsi un véritable document sur l’évolution des mentalités et des pratiques symboliques entre le IVᵉ et le VIᵉ siècle de notre ère.
Fonction du bâtiment : entre sphère privée et usage collectif
Le bâtiment auquel appartenait cette salle reste encore énigmatique. Les données actuelles ne permettent pas de déterminer avec certitude s’il s’agissait d’une demeure privée prestigieuse ou d’un espace semi-public lié à la vie civique de la cité. Les recherches se concentrent parallèlement sur l’Agora et le théâtre antique, deux pôles majeurs de la sociabilité urbaine, afin de mieux comprendre l’organisation et les usages de ce quartier à la fin de l’Antiquité.
Une seconde vie au XIXᵉ siècle
L’un des aspects les plus fascinants de cette découverte réside dans la longue histoire de réutilisation du lieu. Des traces matérielles indiquent qu’au XIXᵉ siècle, des constructions plus récentes — probablement liées à un hôpital non musulman ou à des habitations voisines — ont été édifiées directement au-dessus de la mosaïque antique. Des restes d’enduits muraux recouvrant partiellement le sol témoignent du fait que le décor ancien avait été redécouvert, observé, et même intégré dans les structures ultérieures. Ainsi, cette œuvre n’a pas seulement survécu au temps : elle a continué à être vue et reconnue pendant près de quinze siècles.
Perspectives de recherche et promesses du sous-sol
Les campagnes de fouilles devraient s’intensifier à partir de 2026. Les archéologues espèrent mettre au jour d’autres pièces ou édifices associés, susceptibles d’éclairer davantage le quotidien, les croyances et les choix esthétiques des habitants de Smyrne à la fin du monde antique. Chaque nouvelle découverte enrichit un peu plus le récit complexe d’une ville où passé et présent ne cessent de s’entrelacer.
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