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| Le Totocalli – Domaine public |
Une recherche archéologique récente invite à reconsidérer la place des animaux au cœur de l’organisation rituelle et urbaine de l’ancienne Tenochtitlan. À partir d’analyses ostéologiques fines issues d’offrandes cérémonielles, l’étude met en lumière des indices convergents suggérant l’existence d’un système de captivité animale durable, possiblement lié à une ménagerie impériale attribuée au règne de Moctezuma II.
Tenochtitlan : une capitale lacustre au centre du monde
Capitale de la civilisation mexica (communément dite aztèque), Tenochtitlan s’élevait sur un îlot artificiel, solidement aménagé sur les eaux peu profondes du lac Texcoco. Cet environnement singulier, à la fois urbain, hydraulique et symbolique, structurait une cité où le politique, le religieux et le cosmique s’entremêlaient étroitement. Aujourd’hui, son emplacement correspond au noyau historique de Mexico, mais ses strates anciennes continuent de livrer des témoignages d’une complexité remarquable.
Le cœur rituel : le grand complexe du Huei Teocalli
Au centre de la ville se dressait le Huei Teocalli, vaste ensemble cérémoniel dominé par le Templo Mayor, consacré aux divinités majeures de la guerre et de la pluie. Ce sanctuaire, point nodal des rituels d’État, accueillait des offrandes d’une richesse exceptionnelle, associant minéraux, végétaux, objets manufacturés et restes animaux soigneusement sélectionnés.
C’est dans ce contexte que des vestiges zoologiques, enfouis au sein de dépôts rituels, ont fait l’objet d’une étude approfondie.
Corpus zoologique et méthodologie
L’analyse porte sur vingt-huit spécimens appartenant à six espèces emblématiques : aigles de grande taille, caille, jaguar, loup et spatule rosée. Ces animaux proviennent de plusieurs offrandes cérémonielles distinctes, déposées selon des protocoles précis.
L’approche adoptée repose sur la paléopathologie : une lecture détaillée des os afin d’identifier lésions, traumatismes anciens, infections et marqueurs de stress physiologique. Ce type d’examen permet de reconstituer, au-delà de la mort rituelle, les conditions de vie antérieures des animaux.
Signes de captivité et soins prolongés
Les résultats révèlent une accumulation de pathologies incompatibles avec une survie prolongée en milieu naturel : articulations sévèrement dégénérées, fractures consolidées, altérations osseuses liées à des infections chroniques. De tels indices témoignent non seulement de blessures anciennes, mais aussi d’une prise en charge suffisante pour permettre la guérison partielle ou complète.
Ces éléments suggèrent fortement que plusieurs de ces animaux ont vécu en captivité, nourris et maintenus par des humains sur une période significative. Une telle gestion implique des savoirs spécialisés, des infrastructures adaptées et une organisation sociale capable de soutenir l’entretien d’espèces parfois dangereuses ou exotiques.
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| Crédit image : Leonardo López Luján |
La question d’une ménagerie impériale
Les sources historiques évoquent l’existence d’un espace dédié à la conservation d’animaux vivants au sein de Tenochtitlan, souvent décrit comme un lieu regroupant oiseaux rares et prédateurs. Si aucune structure architecturale clairement identifiable n’a encore été mise au jour, les données ostéologiques apportent un appui indirect mais solide à cette hypothèse.
L’absence de preuves monumentales ne contredit pas nécessairement l’existence d’un tel lieu : les installations pouvaient être en matériaux périssables ou intégrées à des complexes aujourd’hui disparus. Les os, en revanche, conservent la mémoire silencieuse des pratiques humaines.
Animaux, cosmologie et pouvoir
Au-delà de l’argument archéologique, l’étude replace la captivité animale dans une vision du monde profondément symbolique. Les animaux n’étaient pas de simples ornements vivants : ils incarnaient des forces cosmiques, des niveaux de l’univers — ciel, terre, eaux primordiales — et servaient d’intermédiaires entre les humains et les dieux.
Le fait de maintenir ces êtres au cœur de la cité, avant leur intégration dans le cycle rituel, souligne la portée idéologique de la captivité. Prendre soin de l’animal, le nourrir, le contenir, revenait à maîtriser symboliquement les puissances du cosmos et à affirmer l’ordre impérial.
Les traces laissées sur les os racontent une histoire où science et sacré se rejoignent. Elles dessinent l’image d’une société capable d’organiser la vie animale comme un prolongement de sa théologie et de son pouvoir politique. Ainsi, sans murs ni enclos visibles, la possible ménagerie de Tenochtitlan se révèle à travers les marques du temps, inscrites dans la matière même du vivant.
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