Épave royale à Alexandrie : plongée au cœur d’un bateau de luxe antique

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Crédits image : Archéo Actus.

Sous les eaux mouvantes du port oriental d’Alexandrie, sur la côte méditerranéenne égyptienne, reposent les traces silencieuses d’une cité jadis éblouissante. Ports, palais et temples, engloutis par des tremblements de terre et la montée des eaux, témoignent aujourd’hui d’un passé perdu. Ces vestiges submergés font l’objet de fouilles et d’enquêtes minutieuses menées par l’Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine, en collaboration avec le Ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.

Nos recherches les plus récentes se sont concentrées sur l’île d’Antirhodos, révélant entre autres un temple dédié à la déesse égyptienne Isis, restauré par Cléopâtre VII, et le Timonium, palais édifié par son compagnon, le général romain Marc Antoine.

Les épaves découvertes dans le port royal d’Antirhodos racontent l’histoire d’Alexandrie, ville qui passa d’un centre de luxe et d’extravagance sous les Ptolémées à un moteur économique du monde romain.

La découverte du thalamagos

Lors de nos fouilles les plus récentes, nous avons mis au jour une épave datée du début de l’époque romaine. Enfouis sous le sable se trouvaient les restes d’un thalamagos, un type de yacht fluvial du Nil, célèbre dans la littérature romaine sous le surnom de « bateau de fête ». Toutefois, découvrir un tel navire dans un port commercial animé était inhabituel et a suscité de nombreuses questions : ce navire devait-il être interprété uniquement comme un lieu de divertissement ?

La recherche scientifique du site

Les épaves du port royal ont été identifiées grâce à un sonar haute résolution, produisant un volume colossal de données. Ces informations ont été analysées par un algorithme d’apprentissage automatique capable de détecter les « signatures » caractéristiques des navires engloutis. Les premiers résultats furent prometteurs : une petite embarcation et un navire marchand de 30 mètres furent repérés et fouillés avec succès.

Ces découvertes, complétées par un navire similaire retrouvé lors des premières campagnes, illustrent la transformation économique du port royal à l’époque romaine.

Des spécialistes examinent l’épave. Crédit : Christoph Gerigk / Franck Goddio / Fondation Hilti

Une épave qui défie les attentes

Au début de la mission de 2025, nous étions persuadés qu’il s’agissait d’un navire marchand classique. Mais chaque plongée apportait de nouvelles informations, révélant peu à peu une embarcation bien différente de ce que nous imaginions.

L’épave présente de nombreux traits typiques de la construction navale impériale romaine, mais les graffitis grecs gravés sur ses planches indiquent qu’elle fut construite et réparée à Alexandrie. Sa forme, atypique pour un navire de commerce, mesure environ 28 mètres de long sur 7 mètres de large et possède une coque large et aplatie, avec des extrémités asymétriques aux courbes prononcées. L’absence de support pour mât suggère qu’il était propulsé à l’aviron, ce qui le rend peu adapté à la navigation en mer et intrigue quant à sa fonction exacte.

Les indices historiques

Pour mieux comprendre le rôle de ce bateau, nous avons étudié plus de 500 fragments de papyrus ptolémaïques et romains documentant la navigation. Parmi eux, environ 200 mentionnent différents types de navires fluviaux, souvent classés selon la cargaison transportée : grains, vin, pierres, engrais, voire corps humains.

Parmi ces types de navire, le thalamagos ou « bateau-cabine » apparaît rarement. Représenté sur la mosaïque de Palestrina, il est associé à des paysages contemporains de notre découverte, avec une silhouette en croissant et une série de rames, rappelant fortement notre épave. Les premières analyses suggèrent donc que nous avons retrouvé l’un de ces fameux yachts de fête du Nil.

Une embarcation royale ou utilitaire ?

La mosaïque de Palestrina illustre un thalamagos utilisé pour la chasse aux hippopotames, un rituel lié aux pharaons. Le philosophe Sénèque qualifiait ces bateaux de « jouets des rois », soulignant leur association avec le luxe et le pouvoir.

Pour autant, considérer notre thalamagos uniquement comme un bateau de fête serait simplifier à l’extrême. Les papyrus administratifs révèlent que ces embarcations pouvaient également transporter des marchandises et des fonctionnaires, ce qui rend leur présence dans un port commercial moins surprenante.

Il est également possible que notre bateau ait été lié au temple d’Isis, découvert à proximité, et qu’il ait été détruit par le même événement sismique qui fit s’effondrer le sanctuaire. Il pourrait donc s’agir d’une barge sacrée utilisée lors de festivals, comme la célèbre « Navigation d’Isis », célébrant l’ouverture de la mer après l’hiver et la protection de la flotte de grains vitale pour Rome.

Vers de nouvelles découvertes

Les analyses post-fouille sont encore en cours. L’objectif est de reconstituer précisément la forme et les performances de ce thalamagos sur le Nil. Parallèlement, l’exploration des textes anciens pourrait offrir de nouvelles perspectives sur l’usage et la place de ces bateaux dans la vie sociale et religieuse d’Alexandrie. Une certitude émerge : nous ne faisons que commencer à percer les secrets de ce mystérieux yacht antique.

Sources : theconversation.com

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