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| Crédit image : Musée Numantien / M.ª C. Sopena |
Une pierre funéraire oubliée depuis des décennies vient de livrer un indice décisif quant à l’existence d’une cité celtibère disparue sous l’actuelle commune de Borobia, dans la province de Soria. Cette redécouverte ravive un chapitre effacé de l’Antiquité ibérique et met en lumière un paysage archéologique bien plus complexe qu’on ne l’imaginait.
Une histoire enfouie depuis 1971
Au début des années 1970, trois stèles funéraires d’époque romaine furent mises au jour en périphérie de Borobia. Sculptées sur leurs deux faces, elles représentaient des cavaliers armés de lances et protégés par de larges boucliers. Rapidement transférées au Musée Numantien de Soria, elles rejoignirent les collections consacrées aux peuples préromains.
Pourtant, une portion manquante d’une de ces stèles demeurait introuvable. Déterrée jadis puis reléguée dans un bâtiment agricole, elle sommeilla pendant plus d’un demi-siècle, invisible aux regards. Ce n’est que grâce à la vigilance des chercheurs de l’Institut du Patrimoine et des Humanités de l’Université de Saragosse qu’elle fut enfin identifiée.
Un monument reconstitué et un passé révélé
Une étude récente, publiée dans une revue archéologique de référence, démontre que la stèle complète atteignait environ 140 centimètres de hauteur. Elle se dressait, selon toute vraisemblance, à l’extérieur de l’oppidum de Virovia, une cité celtibère dont l’existence restait jusqu’ici enveloppée d’incertitude.
Les inscriptions honorent deux hommes – Sempronius Aninius et Lucius Sempronius Ambato – et indiquent que leurs compagnons d’armes financèrent les monuments funéraires. Cette pratique témoigne non seulement d’un esprit de cohésion militaire, mais aussi de la fusion progressive entre cultures locales et rites romains.
Entre traditions autochtones et influence latine
Les chercheurs Marta Chordá Pérez, Borja Díaz Ariño et Alberto Jiménez Carrera soulignent que les stèles fusionnent iconographie latine et symboles indigènes. Elles reflètent l’intégration de cavaliers auxiliaires celtibères au sein des troupes impériales, un processus typique des premières décennies de Rome en Hispanie.
Jusqu’à aujourd’hui, Virovia n’était connue qu’à travers quelques monnaies en bronze frappées du nom Uirouia, illustrées d’un cavalier lancé au galop, lance en main — un motif emblématique des peuples celtibères. Plusieurs de ces pièces ont été retrouvées à Borobia et dans ses environs, tout comme des fragments de céramique provenant de sondages menés près du château en ruine du village.
Localisation probable : El Cabezo, un promontoire stratégique
L’ensemble de ces indices converge vers un lieu précis : El Cabezo, une colline naturellement défendable dominant le paysage. Sa position, entre les centres romains de Bilbilis et Numantia, ainsi que sa proximité avec des ressources minières, en faisait un point stratégique majeur durant l’Antiquité.
Les spécialistes estiment que Virovia disparut durant l’époque flavienne, absorbée administrativement dans l’organisation municipale romaine. Si la cité s’évanouit, son nom persista grâce à la diffusion de ses monnaies. Aujourd’hui, la stèle recomposée constitue le premier lien matériel direct entre Borobia et cette cité longtemps introuvable.
Un passé qui refait surface
Ce fragment de pierre, oublié dans une remise rurale, devient ainsi la clé d’un récit effacé. Il confirme qu’une ville celtibère, mêlée de traditions locales et d’influences romaines, s’élevait autrefois là où s’étend aujourd’hui Borobia. Une page d’histoire se rouvre, invitant archéologues et habitants à redécouvrir les racines profondes de leur territoire.
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